RÉSUMÉS DES COMMUNICATIONS / SUMMARIES OF PAPERS
Laval 2001

Les résumés sont présentés ici par ordre alphabétique. / Summaries are presented in alphabetical order.

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PARTICIPANTS TITRES ET RÉSUMÉS DES COMMUNICATIONS
TITLES AND SUMMARIES OF PAPERS
BERGERON, Anick
anick.bergeron@internet.uqam.ca
"Dante, Belzébuth et Phillips: D’une parodie textuelle à une parodie visuelle."

     Dans Dante’s Inferno: The First Part of the Divine Comedy of Dante Alighieri (Thames and Hudson, 1985), l’artiste britannique Tom Phillips « illustre » le fameux Enfer du poète italien. Si le travail d’illustration vient, en général, soutenir un texte tout en l’agrémentant d’ornements visuels, la démarche de Phillips se situe beaucoup plus du côté d’une lecture littéraire. Ses planches donnent une interprétation du poème (allant de l’exégèse à l’appropriation du texte) qui est loin d’une simple mise en images littérale des contenus narratifs. C’est ce que j’explorerai à partir de la première planche du XXXIVe chant, où figure Satan, et où est reprise une parodie qui se lit au premier vers de ce même chant

BLOUIN, Mélanie et 
TREMBLAY, Daniel
daniel.tremblay25@sympatico.ca
"L’authenticité et le problème de l’interprétation en anthropologie: un point de vue sémiotique."

     L’émergence de l’anthropologie interprétative au cours des années soixante a conduit certains anthropologues à développer une réflexion théorique qui accorde une place prépondérante aux questions de contexte, d’expérience et de signification dans l’élaboration du concept de culture. Les diverses métaphores du texte et du dialogue qui ont été proposées pour mener ce projet  evaient permettre de saisir le rôle essentiel de l’interprétation et de rendre ainsi la cohérence du système de représentations de l’Autre de façon authentique. Or, cette recherche d’authenticité soulève un problème intéressant d’un point de vue sémiotique et épistémologique qui mérite que l’on approfondisse la théorie du signe, généralement implicite ou peu discutée, de cette approche. C’est donc à la lumière de certains écrits de Wittgenstein que nous présenterons une réflexion sur une  héorie du signe et de la saisie de la réalité qui remet en question cette recherche d’authenticité et renvoie à une conception plus dynamique de la représentation et de l’interprétation pour  l’anthropologie.

BRATUZ, Damjana
dbratuz@uwo.ca
"Repenser les frontières de Bartók"

     Tout récemment dans un journal italien j’ai découvert un article sur l’épistémologie de la frontière, juste après avoir  terminé la lecture d’un essay de Massimo Mila  “L’esplorazione della frontiera tra suono e rumore” sur la musique de Bartók. J’avais entrevue déjà auparavant la possibilité de répenser ce que Bartók avait écrit en 1936 dans “La musique populaire des Hongrois et des peuples voisins.” Cette coïncidence d’un Appel de Communications proposant  la ‘pensée de la frontière’ me permets d’y contribuer du point de vue d’une musicienne, en  réalisant ce projet. Les idées de Bartók sur le croisement et re-croisement des frontières de la part de mélodies paysannes qui - transportées par les soldats et par les moissonneurs – acquéraient des traits appartenant au terrain linguistique ‘autre,’ pour se ‘re-magyariser’ en rentrant, se prêtent à être examinées à la lumière de la pensée de Lotman, Eco, et Gadamer. Bartók suivait les mélodies et en transcrivait  toutes les métamorphoses, mais, dans le climat politique et psychologique de son temps, ses efforts déclenchaient des attaques soit de traître soit de chauvin, selon la provenance.
     Aujourd’hui la frontière est devenue un lieu d’élection pour la recherche et la reflexion théorique dans plusieurs domaines. Intersection, bord, seuil; entrelacement, interconnexion, interdépendence; combinatoire, jeu de résaux: ce sont des termes dans lesquels retentit aussi l’écho des écrits et des intuitions de Bartók. Dans cette communication, la pensée de Bartók sur l’essence de la frontière - dans les modèles structurales primitives qu’il analysait, aussi bien que dans son travail de greffage, d’emprunt, d’appropriation, et de transformation – est  révisitée comme prophétique de nos soucis odiernes. La présentation est illustrée par quelques exemples visuels et musicaux.

CHAPUT, Éric
ericpaulchaput@hotmail.com
"L'indicible dans le Tractatus: source et avenir."

     Notre sujet est la distinction entre le "dire" et le "montrer" telle qu'elle se trouve développée par Wittgenstein dans son maître-livre, le Tractatus logico- philosophicus. Il s'agira surtout de voir en quoi cette distinction constitue chez Wittgenstein le fondement de toute sa philosophie de la logique. Dans un premier temps, il s'agira d’examiner les sources de la distinction: nous verrons que, d'une façon générale, toute réflexion portant sur la structure du langage - par exemple celle, notoire, de Frege - développe à sa façon une catégorisation linguistique et/ou ontologique — chez Frege, la distinction entre un concept et une fonction — qui laisse entrevoir la distinction qui nous intéresse. Dans un deuxième temps, nous voudrions esquisser une originalité de la philosophie de Wittgenstein en montrant comment celle-ci articule toute sa conception de la logique à partir de l'idée fondamentale selon laquelle la "logique des faits ne se laisse pas représenter" (4.0312) mais doit être montrée. Nous verrons par le fait même comment cette philosophie de la logique n'a d'autre choix que d'investir le symbolisme d'une profonde "autonomie", par opposition à une conception ontologique — par exemple celle de Frege — de la logique. Enfin, nous nous intéresserons à l'application la plus controversée de la distinction dire / montrer dans le Tractatus, c'est-à-dire ce que Wittgenstein appelle l'"élément mystique" (6.522) Nous chercherons à comprendre comment se  caractérise le rapport entre le "montrer" de l'existence du monde et le "montrer" du symbolisme logique et quelles sont les perspectives philosophiques qui pourraient bien naître d'un tel rapport. 

COSTIGAN, Nancy
costigann@equinoxtm.com
"D’une structure hypertextuelle  appliquée au récit filmique. Essai sur The Pillow Book de Peter Greenaway."

     On dit de l’hypertexte qu’il donne une liberté totale au lecteur, que ce dernier devient un «lecteur-comme-auteur» (Michael Joyce, cité dans L’hypertexte; une lecture sans fin). Toutefois, cette liberté n’est qu’illusoire : Le lecteur ne choisit pas les mots qui deviendront « mots-boutons », par exemple. Il ne choisit pas ce qu’il lit. Quoiqu’il puisse créer des réseaux de signification dans le récit, il se plie tout de même aux choix initiaux d’un auteur. Cette mise au point  faite (!), la lecture d’un récit filmique à la lumière de structures hypertextuelles me semble possible. Malgré le nécessaire aboutissement d’un récit filmique --ce qui n’est pas le cas d’un hypertexte--, malgré la « linéarité » d’une bobine, le spectateur peut choisir de tisser différents liens au sein d’un récit en images, particulièrement lorsque ce récit est signé de la main de Peter Greenaway. Dans cet ordre d’idées, je propose donc une lecture du film The Pillow Book à la lumière de trois éléments qui, à mon avis, structurent le récit hypertextuel: la fragmentation du texte, l’intertextualité et la logique du palimpseste. On définira brièvement ces trois notions dans un premier temps; il deviendra alors possible de voir comment ces notions contribuent à l’écriture du récit cinématographique de Greenaway, et comment elles permettent d’esquisser une lecture de The Pillow Book.

CRAIG, Robert
rcraig@inforoute.net
"The Essay is the Text; the Text is an Essay"

     I have a project I am finishing now which  should be of interest to you although it is not a traditional paper. It is  written in two registers -- there is a regular typeface paper on Derrida and  the essay and on top of this and on the margins and inbetween are handwritten creative writing and quotation (from the insane for example).  The paper itself has been coloured using food colouring. I would like to send you a colour photocopy sample first page so that you know what I am  talking about. The only way I can imagine this now is as a simple type of performance -- each register read by one of two people as a kind of overlap. The pages themselves I think should be displayed on a screen as slides for example. From my point of view it seems to fit in very well with the thematic of your gathering this year.

EL KHACHAB,Walid "Pour une sémiotique intermédiatique et dynamique."

     L'intermédialité est une remise en question de la centralité du Sujet raisonnant et unifié, à une époque où l'Homme est habité, ou encore produit, par les divers médias. L'intermédialité décrit aussi une situation où le monde n'est plus dominé par un seul media hégémonique -l'imprimé- mais où le réseau des medias et des rapports de force qu'ils instituent dans la société se définit en termes d'interactivité et de devenir continuel. Dans ce contexte où se situe la sémiotique? Fondée sur la maîtrise du sens par le signe, selon l'analyse de Guattari, elle semble se ranger du côté de la centralité et de l'autorité du Sujet "Signe" ou du Sujet "Sémioticien", et paraît comme relevant d'un paradigme remis en question par l'intermédialité, et par la critique de la Modernité en général. 
     Loin d'annoncer la mort de la sémiotique, cette intervention propose de penser la dynamisation de la semiosis, par le recours de l'intermédialité. Dans ce sens, la semiosis ne serait pas un simple parcours préétabli entre signifiant et signifié. Elle serait une dynamique qui décrit les hasards du mouvement du signe, qui peut emprunter plus d'un parcours, et qui ne participe pas d'une  opposition entre le référent comme objet extalinguistique, et le langage comme code saisissant le monde au moyen du savoir. 
     La pensée de Pierce se révélera fructueuse pour cette entreprise. Par son matérialisme, elle n'exclut pas la trace du monde, du référent, dans la langue. Sa typologie sémiotique ternaire ne serait pas un catalogue des signes, mais une description de trois modes de fonctionnement de la signification. C'est un peu la démarche de Barthes, quand il parle d'imaginations symbolique et iconique du signe. L'interprétant peircien ne serait pas alors le garant d'un déchiffrage impeccable du sens, mais le lieu croisé par divers medias, le lieu où se révèle l'intermédialité, où le sens véhiculé par le media s'avère dynamique et toujours partiellement saisissable. L'interprétant ne serait pas "l'alibi" de la fixation du sens, mais "l'indice" d'un sens probable.
     Le cinéma permet d'illustrer concrètement cette proposition, puisque c'est un lieu, lui-même intermédiatique, qui pourtant relève de la non validité de la division du monde en signe, langage vs objet, référent, à cause de l'unicité du support celluloïde. L'analyse d'un muet, "Les Temps modernes" de Chaplin, par exemple, permettra d'illustrer différents fonctionnements du signe (iconique, symbolique, etc.), ainsi que de constater l'impossibilité de fixer le sens, ne serait-ce qu'à cause de l'incertitude du rapport entre image et intertitre.

FAVREAULT, Benoît
benoit.favreault@internet.uqam.ca
"Signe et éthique."

     Pour Peirce le signe est une catégorie de phénomènes. Il consiste dans ce qui est d'une manière telle qu'il se présente déporté vers autre chose. Un signe est donc une manifestation nécessairement dotée d'un caractère d'évidence, l'évidence de l'expérience dont il constitue la matière. L'objet d'un signe n'est donc en aucun cas mystérieux puisque c'est justement sa saisie dans le phénomène qui le scelle comme signe. Peirce et Wittgenstein ont tous deux fait valoir cette particularité du signe. Ils ont également, on en fait moins de cas, fait remarquer que cette évidence avait des implications éthiques (dans l'acception générale de conduites orientées par un idéal).  Pour la sémiologie (la sémiotique), voilà qui engage les personnes. En mettant en regard Peirce et Wittgenstein, nous élaborerons l’idée que les signes nous entraînent dans un échange dont la publicité est nécessaire.

GHAZALI, Ahmed
ahd_khalfi@altavista.com
"La frontière ou le troisième terme."

     La présente communication est le fruit d’une recherche philosophique en cours sur la frontière que nous intuitionnons par ailleurs dans l’écriture dramatique, plus particulièrement dans notre pièce Le mouton et la baleine présentée au théâtre de Quat’Sous à Montréal sous la direction de Wajdi Mouawad (hiver 2001). Dans cette pièce, la frontière entre le Nord et le Sud (le détroit de Gibraltar) n’est plus simplement une ligne que l’on traverse ou transgresse (clandestinement) mais devient un véritable lieu que l’on investit et dans lequel on vit des expériences particulières qui seraient impossibles ailleurs (l’altérité, la totalité, la dissolution, l’émergence, etc.) C’est ainsi que la conception classique (géométrique) de la frontière se trouve dépassée. La frontière devient un territoire à part entière qui se caractérise par des propriétés de dynamicité. La tradition philosophique aborde cette question en terme phénoménologique de métissage (Lyotard). Nous voudrions aller plus loin et approcher la frontière d’une manière formelle qui s’inspire des dernières découvertes en sciences physiques. La dynamique frontalière se traduirait en termes de déséquilibre, de dissipativité et de chaos (Thom, Petitot, Prigorine) et son algèbre se poserait en terme d’une logique floue (Zadeh) qui permet la contradiction. Entre le monisme et le dualisme qui ont tiraillé depuis ses débuts la métaphysique occidentale, la frontière serait-elle le mystérieux troisième terme qui manque?

GODARD, Barbara
bgodard@yorku.ca
 
 
 
 

 

"Literary Discourses and the Securing of National Boundaries."

     Borders, as Yuri Lotman observes, are the "hottest spots for semioticizing processes" (Universe of Mind 1990, p. 136).  Boundaries both separate and unite and so belong to more than one semiosphere. The border is the membrane that filters and transforms, changing outside into inside and vice versa. Additionally, sectional interior borders create more complex groupings or continuums. Some borders may be only fragments and so leave openings and undemarcated spaces. Such porosity invites ingress as well as egress, as Mary Douglas reminds us, and as such creates danger zones, sites at which a culture exacts its claims for adherence upon members in order to consolidate borders against a perceived threat of impurity (Purity and Danger 1966).  As Lotman and Douglas expound, borders are significant in constituting cultural as well as individual identity. Failure to delineate borders of the individual psyche between the me and the not-me leads to such borderline disturbances as abjection and melancholia, as Julia Kristeva has analyzed (Powers of Horror, 1981). Introjecting the cutting edge within is for her the only way to escape the disorder of madness and violence. I propose in my paper not to pursue these metasemiotic issues of thinking the border, but rather to think from the border about the kind of borderwork enacted by culture in the securing of national borders with specific reference to Canada. In the longer paper (currently in press with ECW), I consider the changing economic structures in the move from a cold war competition between bounded nations to the current order of global capital with its emphasis on unimpeded circulation as these changing conditions of possibility have ordered the discourses on Canadian literature. For this much shorter oral presentation, I shall focus on the changing figure of the border in these literary critical discourses in the move from Northrup Frye's "garrison mentality" and the securing of internal borders topographically in the making of population, to the currenn situation when the contradiction of a minoritized literature is figured no longer  as paradox but as hybridity and the figure of the border--as line (New), as cutting edge (Angus), or even as floating (Aziz). This discourse on the border which began a decade ago in a series of works relating to the Canadian/American border has been taken up and reworked in a variety of ways over the last decade to figure mixity in the service of accelerated speed of circulation. In conclusion I look briefly at some of the new forms in which the discourse of the border has given way to one of hybridity or diaspora in the work of Dickinson and Kamboureli.

GUASTAVINO, Marc
mg@ipcr.org 
"Jeux de langage : formalisation et aspects essentiels."

     On s'efforcera de décrire la notion de " jeu de langage " chez L. Wittgenstein de façon à en donner une présentation proche du formalisme de la théorie mathématique des catégories. Cette présentation permettra de rendre visibles des structures communes et essentielles de ces jeux. La généralisation de problématiques issues de cette représentation permettront de relier les jeux de langage à d'autres préoccupations tant chez L. Wittgenstein que chez C.S. Peirce.

HAGE, Ralph
ralph.hage@excite.com 
"Beyond the Divinities: Towards an Anthropology of the Tractatus Logico-Philosophicus."

     Underlying the Tractatus is a very definite mythology that determines its shape. This mythology is both negation of it and excluded by it. But by that same token it is that which determines its shape; in other words, this very exclusion determines the shape of the  Tractatus. This mythology has a very definite form, one which is the underlying (hidden) generative structure of the book. It can explain some of the its most puzzling aspects, namely the unrepresentativity of both the world and of the subject, thus explaining the relation between representation and the unrepresentable or rather unrepresentativity. By " mythology " we mean a Genesis or a creation story concerning representation itself; representation being in that case the actions of a dividing and undivided subject that introduces divisibility into a world whose fundamental nature as globality is to be undividable. Such an action is found in most ? if not all - creation stories including Genesis. We will compare the implied mythology of the Tractatus and the explicit creation story in Genesis. We will show that within both, that indivisibility of the dividing subject is essential. Thus, we believe, the anthropology of the Tractatus is not neutral. It points towards a very definite emergence of representation one which is left out because, from within representation itself, i.e. from within representation as its own limits, such an emergence of representation is unthinkable.

JOVEL, Roberto
jovel.roberto@internet.uqam.ca
"Jeux de langage et communauté: la méthodologie pragmatique chez Wittgenstein."

     L'émergence de la notion de " jeux de langage " dans la pensée de L. Wittgenstein donne lieu à une approche des usages langagiers qui respecte la multiplicité et l'hétérogénéité de ces derniers tout en les regardant comme des pratiques normées et porteuses d'une forme de vie communautaire qui se montre en elles. Trois thèmes wittgensteiniens permettent de cerner cette approche : la critique de la théorie augustinienne de la dénomination, le réglage des usages langagiers, le dressage des formes de vie. On illustre la portée de cette méthodologie notamment en effectuant des va-et-viens entre les passages dans l'oeuvre de Wittgenstein qui portent sur l'agencement des usages langagiers d'un point de vue pragmatique et des passages dans l'oeuvre de Peirce portant sur la notion de communauté.

LALONDE, Joanne
lalonde.joanne@uqam.ca
"L'art réseau et les modalités épistolaires"

     Les pratiques d'art réseau, comprises ici comme pratiques artistiques utilisant des moyens de communication technologiques et pré-technologiques (mail art- lettre vidéo- Web art) réactualisent certaines modalités de l'art épistolaire. Les nouvelles images composites (cohabitation de l'image, du son, du texte), propres à l'esthétique de la production en réseau, intègrent l'interacteur sous le modèle du polylogue fictif.  Ma communication propose d'examiner justement les enjeux de ces nouvelles formes de narrativité interactive exploitant la communication comme idéologie de production et de diffusion.

LAROUCHE, Christian
toquebiol@yahoo.com
"La visagéité de la parole ou l'ethos du dire dans Le Visage nuptial de René Char."

     Il s'agit de présenter en quoi l'énonciation poétique dans ce poéme de Char relève d'une éthique, entendue comme manière d'être, qui caractérise la relation du sujet énonciateur à une Altérité.  Nous nous intéresserons particulièrement à la notion de visage telle que trouvée chez Lévinas qui non seulement désigne la présence nue d'autrui comme signification silencieuse mais qui aussi enjoint à  répondre au silence qu'elle déploie. C'est donc à l'injonction du dire dans le visage, qu'on pourrait rapprocher d'un ethos énonciatif (Pierre Ouellet), que nous nous attarderons et ce, dans le cadre de la  problématique générale de la communauté relationnelle du sujet, du monde et de la parole chez René Char.

LOUICHON, Brigitte
brigitte.louichon@wanadoo.fr
"Agota Kristof: De la porosité des frontières" 

     Je propose une communication portant sur la trilogie écrite par Agota Kristof, auteure d'origine hongroise mais qui écrit en français. (Le Grand cahier, 1986 ; La Preuve, 1988; Le Troisième mensonge, 1991). Dans ces textes, la fonction de la frontière évolue considérablement. Référant tout à la fois à une réalité historique (le totalitarisme communiste) et à une image symbolique, elle instaure au début une séparation et entraîne une rupture. Puis elle se fait poreuse, sabolit pour réapparaître et disparaître à nouveau. Le lecteur/la lectrice ne sait plus de quel côté il se trouve. Elle fonctionne parfois en miroir, en trait d'union, à l'instar du nom des personnages (Claus et Lucas, Claus-Lucas ou Klaus Lucas). Le traitement de l'espace est à 'limage du texte lui-même qui bascule de la parabole limpide à l'étrange, faisant douter des frontières entre vérité et mensonge, réalité et fiction, et surtout entre livre et vie. Ces problématiques (dont les titres des romans témoignent) envahissent petit à petit l'univers romanesque. De la porosité de la frontière diégétique naît la porosité des autres frontières.

LUPIEN, Jocelyne
lupien.jocelyne@uqam.ca
"Une identité culturelle en trompe-l'oeil: Pierre Ayot"
MACKLOVITCH, David
macklovitch@yahoo.com
"Lecture d'images implicites et d'images explicites: La Bataille de Pharsale de Claude Simon et The Sensualist de Barbara Hodgson." 

    Afin de montrer à la fois la diversité et la complexité des rapports lecturaux entre texte et image, je me propose de faire une analyse de deux ouvrages presqu'aux antipodes l'un de l'autre. La Bataille de Pharsale, Nouveau Roman semiologique précurseur des nouvelles expériences de la textualité, est un véritable tissu d'images implicites, alors que le roman contemporain de Barbara Hodgson, de facture nettement plus traditionnelle, est ponctué de somptueuses illustrations. Comment lit-on ces textes et quels sont rôles que les images y jouent? 
     Au lieu de présenter rétrospectivement des difficultés de lecture ou de dresser un panorama fige de différentes pratiques lecturales possibles, je proposerai une étude dynamique rendant compte des modifications progressives des contrats de lecture initiaux ainsi que des processus de semiotisation, en cours, des images. Dans The Sensualist, la fonction et la pregnance de celles-ci changent au fur et a mesure que l'on avance dans le texte: plus que des ornements, les illustrations deviennent des objets d'investigation a part entiere, en relation dialectique avec notre "réécriture lecturale" de la diégèse. Dans La Bataille de Pharsale, le rapport à l'image devient en fait, selon moi, une régie de lecture en deça de la compréhension. Vu l'opacite de la prose simonienne, on se contente souvent de simplement visualiser ce qui est décrit, en établissant une série de paradigmes mouvants, et sans tenter de situer chaque passage au sein d'une totalité intelligible. A l'élaboration d'espace rescripturaux (j'emprunte, bien sûr, l'expression à Richard Saint-Gelais) se substitue celle d'espaces picturaux, que je tenterai de définir.
     Le livre illustré de Barbara Hodgeson represente ces dispositifs hybrides dont la lecture est propre à notre contexte de sur-extension culturelle. Le Nouveau Roman de Simon, quant à lui, peut être considère comme un outil heuristique permettant de prendre conscience des processus à l'oeuvre lors de l'acte de lecture. Dans les deux ouvrages, à la progression linéaire s'ajoutent, plus ou moins subrepticement, toute une kyrielle d'opérations lecturales tabulaires.

MAKOLKIN, Anna "Border as  a Place of Cultural Growth: Italian Colony by the Black Sea" 

     The geopolitical, national artificial frontiers could be viewed as the gestures of insecurity by the rulers and tribes that desire to close their borders in order to preserve the allegedly pure cultural universes, protecting them from the foreign influences. The European civilization is the outcome of numerous trespassing the borders, cultural encounters at the natural geographical and linguistic borders of their complicated habitat, the best evidence of cross-pollination and hybridization. In fact, the moments of productive cultural growth have been traditionally associated with Trespassing, violating the sanctity of the border and with Sharing and Mixing the cultural products, be it art or merchandise, food or language, clothing or ideas... 
     Such Trespassing has been observed in the movements from the homogeneous village to the heterogeneous cosmopolitan  city, from country to country, from one continent to the other. The most exciting lab for testing the benefits of such Trespassing is the porto franco port with its flow of foreign goods, people, languages, exchange of cultural products where borders are no longer respected and the only identity valued is the identity of the Migrant, the open-minded traveler.
     This paper will deal with the cultural phenomenon and implications of Trespassing the Border and movement towards the new geographical frontier, from one cultural universe to the other, exemplified by the 18th century migration of Italians to the Black Sea and foundation of the porto franco port of Odessa on the territory of Russia ( now Ukraine). It will examine the Russo-Italian cultural hybrid, based on the story of this Italian migration and transplantation of the Italian
culture beyond its natural borders, as well as the positive results of colonization of the East by the West.

MARINIELLO, Silvestra "La géographie intermédiale et le nouveau."

     Les médias reconfigurent le monde habitable en manipulant la distance, en nous interpellant pour qu'on fasse des expériences cognitives d'ordre non exclusivement rationnel, en pluralisant et relativisant la " vérité ". Ma communication soulève la question du sujet qui, se construisant dans un espace intermédial a perdu son miroir ou en a acquis des magiques. Le sujet intermédiatique, conscient de la différence de son regard, de la précarité de sa mémoire, de plus en plus inséparable de celle des médias, semble résister à tout système de règles éthiques et cognitives déjà existant. Mon questionnement prend, comme point de départ, le travail de Wim Wenders sur l'identité et le statut du regard et de la mémoire entre le cinéma, la vidéo et la photo (d'Alice dans les villes, à Lightening Over Waters, à Notebook on Cities and Clothes) et la réflexion de penseurs tels que Meyronowitz, Weber et De Kerckhove. L'objectif de ce travail est de mettre en valeur une réflexion sur la subjectivité qui cherche à comprendre les enjeux profonds des nouvelles technologies (y compris le cinéma et la télévision) tout en acceptant le défi de s'aventurer dans un terrain
épistémologique encore inexploré.

MARTIN, Jacques
cokoro@sympatico.ca
"De la méthode de projection et du sens de la proposition."

     Mon exposé portera sur  l’incidence du choix de la méthode de projection et la détermination du sens de la proposition dans le Tractatus logico-philosophicus de Wittgenstein. La méthode de projection ne peut se résumer uniquement à " projeter à partir du signe propositionnel", mais à projeter à partir d’un mode  particulier de projection (phonétique, graphique, etc.) et que conséquemment, la projection se trouve entièrement déterminée par les possibilités même du mode de projection choisi. Ainsi, on ne saurait utiliser de la même manière des images de fruits pour exprimer le sens d’une portée musicale. Je suis d’avis que c’est uniquement lors de son application (son usage), que la méthode de projection choisie permet à la représentation d’entrer en accord (ou en désaccord) avec le sens de la proposition. J’aimerais donc aborder cette question du choix de la méthode. Conséquemment, je crois qu’une des méthodes particulières de projection : l’usage des formes et des couleurs, peut très bien s’avérer adéquate pour représenter (dire et montrer) les concepts contenus dans le TLP. Et qu’il est possible, quoi qu’en dise le TLP, de percevoir les liaisons entre les couleurs nonobstant leur rapport d’intensité (ex.: plus ou moins foncées), mais uniquement en tant que constituants (objets) du signe propositionnel, utiles à la détermination du sens de la proposition. L’usage de formes et de couleurs facilite le processus de virtualisation du réel (d’abstraction), mais surtout, c’est à travers certains processus d’actualisation, c’est-à-dire procédant de l’idée au concept figuré, que l’usage des formes et des couleurs peut s’avérer essentiel à certains processus d’actualisation, en art conceptuel notamment, et davantage en art appliqué, comme en architecture par exemple. Je me propose ainsi d’analyser, dans la démarche architecturale et artistique des suprématistes ? constructivistes du début du siècle, comment les compositions de carrés, lignes, points utilisant des couleurs élémentaires ont pu servir à figurer d’abord diverses formes de relations élémentaires et que, lorsque chargées de sens, elles ont constitué de véritables constructions, des architectures pour la pensée (les propositions pourvues de sens, celle d’un réalisme socialiste).

MORENCY, Paul
paul.morency@sympatico.ca
"Le Catéchisme des caisses populaires Desjardins: de la trinité ultramontaine à la trinité coopérative"

     Catholiques d'obédience ultramontaine qui croient en la suprématie de l'Église sur l'État, Alphonse Dejardins et son collaborateur, l'abbé Philibert Grondin, font paraître le Catéchisme des caisses populaires afin de vulgariser le message coopératif et de favoriser l'implantation de sociétés d'épargne et de crédit partout au pays. Édité à 15 reprises jusqu'en 1961 et ayant atteint un tirage de 100 000 exemplaires, ce petit manuel soutient en son temps la communication des idées coopératives et devient dans l'histoire et dans la culture du Mouvement des caisses populaires Desjardins un référence, voire une icône. La communication se propose:
     - d'examiner les apports de linguistes tant sémioticiens que pragmaticiens quant à ce type de texte et de proposer une grille propre à circonscrire et à conduire l'analyse;
     - de définir ce qu'est l'ultramontanisme auquel adhèrent Alphonse Desjardins et l'abbé Philibert Grondin;
     - de montrer comment le Catéchisme des caisses populaires s'imprègne de cette idéologie et la transcende pour proposer une nouvelle synthèse de l'ordre social qui réconcilie l'Église et l'État dans la Coopération;
     - de montrer, dans un message moderne, la publicité Les aventures de Saint-Voisin de 1972, comment le Mouvement des caisses Desjardins rompt avec cette synthèse initiale du Catéchisme et crée un Ordre coopératif sans liens avec l'Église ou l'État.

MÜLLER, Jürgen E. "La question de l'intermédialité dans les théories sémiotiques de l'audiovisuel"

     Les théories sémiotiques de l'audiovisuel nous offrent un spectre très différencié et détaillé par rapport à des questions touchant l'intermédialité. Ce state of affairs assez avancé est sans doute le résultat de l'un des intérêts principaux de la recherche sémiotique qui porte sur la fluctuation de différents signes et sur le rôle des constellations intermédiatiques pour la constitution du sens par le spectateur/lecteur. La sémiotique a proposé des modèles théoriques pour les transferts de textes, pour les changements de code et -aussi - pour les relations intermédiatiques au sein du  théâtre. Dans ma communication j'envisagerai un tour d'horizon des analyses et des reconstructions sémiotiques des " systèmes de règles " en ce qui concerne les jeux intermédiatiques de différentes sortes de signes. J'évaluerai en quoi certaines théories sémiotiques de l'audiovisuel peuvent être utiles pour l'analyse des processus intermédiatiques des médias audiovisuels.

MYERS, Marie J.
myersmj@educ.queensu.ca
"Mode de transcription des sens: médiation à l'aide d'un dictionnaire  électronique."

     Une étudiante de langue seconde a procédé à des négociations de sens lors de la lecture des textes imposés par ses recherches au niveau de la maîtrise en langue et linguistique avec l'aide d'un dictionaire électronique. Elle analyse ses stratégies pour en dévoiler le sens, précisant les diverses étapes qui ont amené ses interprétations au sens auquel elle aboutit.
     Une série de démarches intéressantes ont été mises à jour ainsi que les éléments qui l'ont fait opter pour sa prise de décision dans chaque cas. Nous présenterons un nombre d'échantillons représentatif de notre corpus d'une centaine d'entrées annotées en prenant compte également du co-texte dans notre commentaire.

NELSON, Tollof  "The Travel and Translation of Subjectivities in Remembering Wei-Yi-feng, Remembering Myself: An Autobiography."

     Yvonne Welbon's feminist intercultural video, Remembering Wei-Yi-feng, Remembering Myself : An Autobiography (Our Film Works, U.S.A., 1995, 29:00) enacts a e-member-ing of self that travels and becomes translated between the disjunctures and differences of identity, culture, and language. This conference would begin by exploring on a narrative and discursive level how the " nomad memory  " of the life-writer of this video calls into question the social collective identities of race, class, gender, and sexual difference.  Such a discursive questioning would prepare the ground for an inquiry into the non-instrumental relationships explored by the audio-visual techniques of the video  (i.e. voice-off, Super 8 footage recycled and faded, rhythmic distortions), techniques that resist the powers of image/sound identification. The very technology that is supposed to fix, narrate, and map a stable place for subject-identification within the boundaries of representational knowledge instead destablizes it, transforms it as flux and echo, and allows it to experience a series of hybrid subjectivities becoming-other. This " becoming-other " will be discussed through a consideration of the mediation of memory, analyzed by means of the dynamic materiality and the intermediality of image and voice-its travel and translation between media. Particular attention will be given to concepts taken from contemporary feminist film and video theory from : Naficy, Hamid. 1999. Home, Exile, Homeland: Film, Media and the Politics of Place. University of Minnesota Press; Marks, Laura U. 2000. The Skin of the Film: Intercultural Cinema, Embodiment and the Senses. Duke UP.

OUELLET, Pierre
ouellet.pierre@uqam.ca
"Ethos énonciatif: identité et perception"
PARENT, Anne-Martine
d250270@er.uqam.ca
"Le témoignage: un genre hors-frontière?"

     Derrida dit du témoignage qu'il se tient à la limite commune entre vérité et fiction, aux confins de ces deux langages (Demeure, 1998). Comment, dès lors, doit-on lire le témoignage? Selon quel régime? quel pacte? La situation «limite», «frontalière», du témoignage est corollaire à la situation «limite» de celui/celle qui l'énonce. «Out of time, out of space» (Harrison, The Kiss, 1998), le sujet du témoignage est un revenant en exil qui se définit par rapport à des frontières traversées, dépassées ou même transcendées : « un mort/vivant qui n'est pas aussi mort/vivant qu'on le croyait» (Delvaux, 1998). Le trait / entre mort/vivant, véritable frontière qui sépare tout autant qu'elle unit, définit l'espace même où se tient le sujet et d'où il témoigne. Je propose donc une double réflexion portant à la fois sur le sujet du témoignage, son statut spectral, mort/vivant, qui fait de lui un être exilé (et là encore, l'exil ne se comprend que par rapport à une frontière), et sur le témoignage lui-même, discours limite hanté par la fiction et la vérité, se prévalant de ces deux langages qui devraient pourtant s'exclurent mutuellement. C'est par le biais de la notion de frontière, entendue dans un sens métaphorique, que j'entends mener cette réflexion.

POISSON, Céline
poisson.celyne@uqam.ca
"Wittgenstein dessinateur."

     Au moyen d’un développement autour du travail de la représentation, mon intention est de dénoncer une distinction que l’on fait trop souvent en architecture entre le travail de la pensée et le travail du dessin (et de la construction qui en est l’extension). Le problème vient de ce que l’on se sert de cette distinction pour y reconnaître deux moments dans ce que l’on nomme le processus de création : le premier, intérieur, intime et obscur (que l’on représente par une boîte noire, lié à l’instinct et l’intuition) et le second moment, résultat du premier, que l’on peut voir, saisir et partager. Nous n’apprécions guère le caractère obscur du travail de la pensée et s’engage alors un travail d'explication de ce qui peut bien se passer dans la tête de celui qui pense. Il est à mon sens regrettable mais fréquent de voir les architectes s'acharner à chercher des relations entre la théorie et la pratique, entre le savoir-penser et le savoir-faire, autrement dit et ou plus vulgairement, entre le discours en mots et les discours en images, comme s’il y avait une frontière bien marquée, comme si les liens n'étaient pas déjà là devant eux, dans les mots et les images. L'inquiétude de l'écart entre l'idée et son expression produit une surenchère des discours qui cherchent à expliquer, légitimer, justifier, rassurer, comme si cela était nécessaire, et l’angoisse grandit chez les praticiens : ‘me suis-je bien fait comprendre?’. 

POSTHUMUS, Stéphanie
saposthu@julian.uwo.ca
"Du conventionnel au naturel: les limites du savoir selon Michel Serres."

     «[...] les limites du pouvoir de connaître, les voici, démontrées, quantifiées, parfaitement évaluables. Mais il ne resterait de lui qu'une théorie des bords. Et elle seulement.» (Michel Serres, La Traduction, p. 96). J'aimerais approfondir trois moments de la pensée de Michel Serres dans le contexte du sujet de ce colloque: primo la création de frontières conventionnelles selon le paradigme scientifique, secundo le franchissement de telles frontières par des voies/ voix littéraires, et tertio l'exploration de frontières naturelles du savoir. C'est donc sous l'angle de la culture et de la nature que j'éclairera l'imaginaire de la frontière dans la pensée de  Serres. Une telle analyse menera à quelques réflexions sur les propriétés culturelles ou bien naturelles de la notion de frontière dans le discours philosophique de nos jours.

PRINCE, Éric
eprince@arobas.net
"Altérité et divertissement: une idée de la comédie cinématographique américaine."

     On pose souvent en cinéma plusieurs oppositions qui s’emboîtent et dépendent l’une de l’autre : Il y aurait des films de réflexion et des films d’action ; des films de divertissement et des films d’art ; une expertise du connaisseur d’art et un sens commun du public. On peut bien sûr nier du point de vue de telle ou telle théorie qu’il en soit bien ainsi et pourtant ces distinctions restent extrêmement prégnantes et reviennent sous de nouveaux visages. Nous croyons qu’il s’agit d’une conséquence d’oppositions plus fondamentales entre perception et imagination ; entre signes arbitraires et motivés, etc, qui s’opposent en se soutenant mutuellement. Nous désirons montrer que le pragmatisme de Peirce implique un déplacement de ces oppositions chimériques. Si un signe implique toujours une image et si une icône, en tant qu’elle est perçue est toujours symbolique, alors prend place, dans le pragmatisme et dans le caractère public du langage qui y est relié, une logique de l’altérité qu’on retrouvera aussi dans plusieurs films américains de divertissement. Avec l’exemple de quelques films de Woody Allen, nous désirons analyser l’importance et la profondeur de l’idée de divertissement pour le cinéma Américain. Emerson exigeait déjà du savant américain qu’il soit divertissant. Dans le cadre cinéma américain, le divertissement devient une exigence éthique. " La fin doit être heureuse " disait aussi Wittgenstein à propos des récits populaires de son temps.

RAYMOND, Yves
yvesraymonds@videotron.ca
"Aspects logiques de l'interprétation."

     Il existe deux perspectives sémiotiques de l'interprétation qui imprègnent à la fois le sens commun et la réflexion théorique. La première pense l'interprète comme identifié ou collé à l'objet interprété, la seconde ne reconnaît que sa capacité à INVENTER des interprétations. Il est difficile aujourd'hui, d'un point de vue sémiotique, de soutenir l'une ou l'autre de ces théories, même si elles continuent de hanter le champ théorique et conceptuel dans lequel nous essayons de penser l'interprétation. L'argument du langage privé proposé par Wittgenstein constitue une critique de ces deux théories. Pour lui, toute interprétation n'est possible qu'à l'intérieur d'un jeu de langage, c'est-à-dire à l'intérieur d'une construction partagée. C'est donc en nous appuyant sur certaines idées de la perspective pragmatiste présente chez C.S.Peirce et L. Wittgenstein, notamment l'usage, l'habitude, la sémiose, les ressemblances de famille, l'abduction et le "voir comme" que nous examinerons les aspects logiques ou sémiotiques de l'interprétation. Cette théorie de la signification nous placera d'emblée du côté d'une réflexion sur les signes du point de vue des conséquences qu'ils pourraient avoir sur la conduite des interprètes.

SAARELAINEN, Anu Maarit
anumaarit@videotron.ca
"Éthos et manière."

     D’un point de vue épistémologique, la notion de la manière déborde largement celui du style, tributaire d’une pensée dualiste du langage. Situer la manière comme ethos, ou la manière d’un sujet de se tenir dans le langage (et, pour ce qui concerne la manière de faire dans les arts visuels, même se faire corps dans l’image), c’est concevoir que l’oeuvre d’art est, dans la continuité même de son énonciation, un récit des valeurs. Dès lors, la pensée d’une éthique passe par un questionnement des ethos subjectifs et historiques comme manière de dire et de faire des hommes et des femmes, plutôt que par l’étude des idées. En nous référant aux pensées de Pascal Michon, de Henri Meschonnic et de Wilhelm von Humboldt, nous investiguerons, dans une perspective d’anthropologie du langage, une pensée qui vise à rendre solidaires sujet, langage, société et histoire, tout en développant l’idée que la manière, dans l’énonciation, et en poésie en particulier, est porteuse de la continuité et des valeurs d’une histoire du sujet en maximalisant la situation d’un sujet dans le discours et dans le monde.

SAINT-MARTIN,  Fernande "Pictogramme et sémiotique psychanalytique"

     Nous nous proposons d'examiner l'ouverture qu¹apporte à l'analyse des formants matériels du langage visuel, la notion psychanalytique de pictogramme élaborée par P. Aulagnier (1975), à titre d'élément premier de la représentation de chose. Déterminée comme une image mentale du réel sensoriellement perçue (fragments tactiie, postural, olfactif, kinesthésique, sonore, visuel, etc), cette représentation pictogrammatique présente un double statut le plus souvent ignoré du sujet percepteur. Elle conjugue l'intériorisation ou " psychisation " d'un stimulus hétérogène externe et sa liaison à un éprouvé de l'existence et du pouvoir de la zone sensorielle érogène qui la produit. L'affect de plaisir ou de déplaisir concomitant à toute perception se dédouble selon le destin propre de la zone érogène et les aléas de la rencontre avec l'objet..

     Ainsi il se connaît comme pouvoir et activité de vision lorsque le rayon lumineux le traverse, liant le " x " de l'éprouvé corporel et la structure d'un signe mental non-verbal comme signifiant ­ signifié - référent de l'externe. Les images de chose sont ainsi liées aussi bien à un positionnement existentiel des zones érogènes du percepteur qu'au schéma relationnel qui intervient entre le monde et le corps. Cette liaison résulte en un iconisme analogique (corps - monde) entre les structures de représentation interne, les représentés externes et les moyens sémiotiques élaborés dans le langage matériel, sémiotique, de l'oeuvre construite.

L'analyse perceptuelle doit rendre compte de ces liens de dépendance sémiotique et sémantique entre l'espace corporel et les signes internes - externes qui sont engendrés dans la représentation de chose, pour les incorporer éventuellement aux niveaux conceptuels de la représentation de mot (Gear & Liendo, 1975). Pour être surtout verbalisables en termes d'affects (bien-être/déplaisir), les éprouvés pictogrammatiques constitueraient les fondements de l'expérience dite esthétique.

SECARDIN, Olivier
secardinolivier@yahoo.fr
" Passer au-delà: lectures d¹un hors-frontière 'Madonna'. "

     Filiation, entre autre, des recherches du groupe Tel Quel, de la pensée de Sollers (Expérience des limites) ou de Kristeva, la pensée de la frontière est corollaire d'une pratique de la division qui fixe les identités génériques ou qui immobilise en une stase divers champs d¹expériences. A l'origine de la division, il y a toujours une mutilation du réel ­ par quoi, on entre dans le champ de la logique discursive. Peut-on s'extraire d'une telle opération ou la frontière est-elle l'horizon indépassable du Logos ? 
     En quête d'une plénitude perdue et réfractaire à la démarche logico-discursive, Madonna tente de réaliser la coexistence de langages contradictoires dans un espace qui ne serait plus transitionnel. En multipliant les stases du discours, le métis des genres et des pratiques fragmentaires (vidéo-clips / photographies / concerts ), Madonna perfore la logique discursive. Soumis à un régime général de la métamorphose mis en scène jusqu'en dans ses clips (Frozen en 1998), mais aussi de la métaphore, elle perd toute stabilité pour entrer dans le cycle d'une mobilité sans borne. Sur ce point, le signifié hybride devient un générateur de l'être du texte: une infection de l'entre-deux qui balaie la totalité éclatée et centrifuge de l'être, du texte, du sexe. Le procès brise ainsi la totalité de l'objet visionné, et en investit des fragments (couleurs, lignes, formes) eux-mêmes liés à la musique, à la danse, à des mots, sans cesse réajustés dans des combinaisons nouvelles. Ce moment combinatoire qui accompagne le procès destructeur en fait une pratique sémiotique et symbolique. Elle est l'analogue de l'expérience du schizophrène. Elle porte le témoignage d'une opération d'adjonction des espaces ­ corporels, textuels, sociaux ­ investis par la pulsion. Il s'agit d'une combinaison: emboîtement, inclusion de parties dans une totalité. Les parties pouvant n'être que des formes, des couleurs, des sons, des mots, elles ne représentent que la pulsion. Ces structurations des frayages pulsionnels à travers cette élaboration sémiotique différenciée et saturée deviennent signifiantes et représentent un sujet, des expériences, des idéologies. Mais cette représentation est elle-même secondaire car elle est elle-même dynamitée par la charge pulsionnelle qui la sous-tend. Madonna se détache ainsi de l'hystérie dans laquelle le langage devient un équivalent de l'acte. Les sites investis, les identités et les appartenances génériques sont toujours déjà perforés ou relancés. Cette pratique est moins une objectivité, la définition d'un sujet, qu'une pratique. La charge pulsionnelle dynamite les limites du sujet. Cette pratique exige une percée du signe. Mais sa dissolution antérieure déchire la représentation pour ouvrir le procès de la signifiance. Effectuer cette pratique exige de quitter le monologisme, la métaphore frontalière, la logique discursive. Effectuer ce geste expose $ à des risques impossibles: confondre l'identification avec l'identité et dissoudre le butoir du réel dans une discontinuité mobile. Cette pratique n'épargne rien : elle détruit toute constance pour en produire une autre avant de la détruire.
     La production de Madonna parcourt ce procès de la signifiance qui, à force d'être fragmentaire ­ musiques, textes, danses, n¹en exhibe pas moins la performance: retrouver ce dont le manque permet de dire " corps " : la jouissance de l'in-différence. Et c'est dans cette jouissance que la limite d'abord posée, à force d'être là, cesse d¹être. Dès lors, le fragment devient un site d'infini, un hors frontière, une situation de la signifiance. Cette perversion est une retombée décalée de la psychose. Madonna, ayant découvert la possibilité psychotique, ne la vit pas. Et, " je " ­ sans Dieu ­ sans Loi ­ jouit dans son hybridité, non pour se diviser, mais pour passer au-delà du texte ­ du sexe ­ de l'icône et de son accessoire, le miroir ("music ", " Ray of Light"), pour cesser de s'identifier ­ dans l'unité réajointée d'un sens et dans l'exigence de l'hors frontière.

SIMARD, Nicolas
simard.nicolas@uqam.ca
"Les conditions discursives de la pensée comme possibilité d'une éthique du sujet."

     Le discours étant l'acte d'un sujet, il faut comprendre les conditions discursives de la pensée relativement à une manière de faire, à une manière d'être ou de se tenir dans le discours. La portée d'une telle reconsidération de la pensée par la notion de discours n'est pas qu'épistémologique. Elle ouvre radicalement sur une éthique du sujet et une théorie de l'agir. Si Hannah Arendt a eu le mérite, à la suite de Heidegger, d'envisager la pensée dans sa valeur éthique, puisqu'elle permet une forme d'espacement à soi ou de recul sur les gestes de l'action quotidienne, la prise en compte du discours dans sa singularité subjective comme manière du se tenir dans le langage, par laquelle la pensée s'effectue, implique nécessairement une analyse de la portée éthique du discours en tant que tel et du discours de la pensée en particulier.

ST-AMANT, Stéphanie
amant_s@hotmail.com
"Maïéthique."

     À l'heure où nombre de discours théoriques mettent au premier plan un rapport dialectique d'ouverture à l'autre, à son étrangeté, sa dissemblance signifiante, se pourrait-il que l'énonciation soit encore aux prises avec l'adaequatio rei et mentis pour laquelle cette altérité est en quelque sorte chosifiée dans sa représentation appréhendée d'abord et avant tout à travers "l'idée de l'autre", conception qui la subsume inévitablement au dire et à une pensée de et sur soi? Pour tenter de se déprendre des limites qu'impose la notion de représentation énonciative, nous voudrions suggérer dans cette communication une approche à visée éthique qui convoque tout en les interrogeant les anciens concepts de maïeutique (d'ailleurs revisitée entre autres par la sémiotique pragmatique de Michael Hanke, ou encore chez Levinas) et de docte ignorance, qui s'illustrerait comme un savoir conversationnel non immédiatement maîtrisé et médiatement immaîtrisable. 
     L'idée d'une maïeu-éthique - où l'autre n'est plus idée de l'autre pour une seule conscience identitaire qui le reconnaît tel dans l'anamnèse - transporte le désir de s'abstraire de ce qu'on parle de l'autre et conçoit son être avant même de l'aborder, de s'y adresser. À l'instar de la maïeutique originelle constituée de trois instances (maître-élève-savoir, ou, pour reprendre le sens propre du terme maïeutique, sage-femme-parturiente-naissance), une maïéthique proposerait le triptyque d'une rencontre égalitaire entre deux subjectivités - qui ne se "savent" pas mutuellement, qui ont le moins d'attentes possible l'une envers l'autre et s'ignorent dans leur intéressement - et une certaine co-naissance, non plus comme objectif de la dialectique mais comme surgissement intersubjectif élocutoire, fruit de la rencontre et pro-création de signes nouveaux.  C'est dans cette perspective que  se manifeste devant soi l'inattendu d'une différenciation dont on ne sait au préalable de quoi elle se constituera, et qu'advient une sorte de présence extradiégétique dans l'histoire dialogique du soi et de l'autre en train de (se) raconter.

UZEL, Jean-Philippe
uzel.jean-philippe@uqam.ca
"La Pluralité humaine et le 'penser critique'."
XANTHOS, Nicolas
d225500@er.uqam.ca
"Action, signification et tueur en série: L'Aliéniste de Caleb Carr comme mise en scène et résolution d'une crise sémiotique."

     Pour l'enquêteur des romans policiers, résoudre le mystère qu'on soumet à sa perspicacité est un acte essentiellement narratif: il s'agit pour lui de parvenir à faire le récit d'une action dont il n'a initialement sous les yeux que les restes épars. Il y parvient, en bout de ligne, en mettant à profit d'une part les catégories conceptuelles par lesquelles on pense et fait signifier ordinairement l'action et d'autre part des bribes d'intrigues conventionnelles plus ou moins développées.  La situation est toute différente dans le roman de Caleb Carr, L'Aliéniste. La pratique sémiotique commune qui permet d'identifier et de donner un sens à l'action est ici incapable de saisir dans ses rets le tueur en série et son action, qui dès lors paraissent tous deux impensables, hors d'atteinte, hors de l'univers de sens quotidien. Pire encore: hors norme, le tueur en série en vient à remettre en question, du lieu irreprésentable où il règne seul, la validité du paradigme qui permet de penser l'action, paradigme qui dès lors entre en crise. Nous voudrions proposer du roman de Caleb Carr une lecture où l'on suivra la mise en scène de cette crise sémiotique et les différentes réponses qui y seront apportées, tant par les tenants du paradigme en crise que par ceux d'un paradigme renouvelé. On verra que les premiers essaient de faire des meurtres des événements plutôt que des actions, alors que les seconds réorganisent l'agencement conceptuel courant. Comment s'instaure ce défi au jeu de langage de l'action et comment on parvient à mettre au point une pratique sémiotique à même de permettre de penser ce qui apparaissait d'abord comme impensable - voilà les questions que cette communication voudrait poser et auxquelles elle cherchera à apporter des réponses. Derrière ce questionnement qui porte sur un roman particulier, c'est aussi une façon spécifique de penser le genre policier que nous voudrions esquisser : le roman policier comme fable sur la signification.

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